Loi 143: Témoignage de Katherine Auger de Nicolet

Nicolet, le 24 octobre 2017

 

Bonjour M. Pouliot,

 

Je me présente, je suis Katherine Auger, maman de deux belles grandes filles de 12 et 9 ans. Je suis éducatrice à la petite enfance (DEC obtenu en mai 2003). J'ai plus de 13 années d'expérience en CPE. L'an dernier, suite à un déménagement dans ma ville natale, j'ai décidé d'ouvrir mon service de garde en milieu familial privé.

Avec cette décision, j'assurais mon emploi, en même temps qu'être plus disponible pour mes enfants. Le changement s'est fait avec brio, mes filles m'aident dans mon travail le midi, elles sont moins stressées, la vie va mieux.

 

Avant même d'avoir déménagé, ma garderie s'affichait complète ! J'étais aux anges ! Plusieurs parents me faisaient confiance sans même avoir vu les lieux. Le service que j'offre s'adresse aux enfants de 4-5 ans, l'expérience d'une prématernelle à plus petite échelle. J'ai 6 enfants âgés de 4 ans qui discutent et qui jouent ensemble dans une microsociété d'apprentissages à leur rythme. J'offre des ateliers diversifiés, des sorties à la bibliothèque municipale, nous apprenons à patiner à l'aréna non loin de chez moi, nous avons aussi des ateliers d'anglais. Nous sommes dehors le plus souvent possibles. Les enfants ont des défis personnels à travailler tout au long de l'année. J'offre aussi un portrait global de leur enfant en octobre (pour se situer) et en mars (pour évaluer ses forces et ses apprentissages). J'utilise le programme éducatif du Ministère et ma façon de fonctionner ressemble énormément à mon travail fait en CPE. Je suis choyée, au lieu de 10 enfants, j'en ai 6, donc j'ai plus de temps à leur consacrer. Je cuisine pour eux, j'offre un alimentation diminuée en sucre raffiné et en sodium. Je viens d'entamer ma deuxième année et les parents des nouveaux amis sont aussi satisfaits du service que je leur offre. Ils me disent voir déjà une différence dans le comportement de leur enfant, l'année vient juste de commencer !

 

Le projet de Loi 143, pour ma part, s'il est adopté tel qu'il est, va changer plusieurs choses pour moi et les parents que j'aurai. Tout d'abord, mon ratio quotidien passera de 6 enfants à 4 enfants. (Pendant 13 années, j'étais à 10 enfants dans mon local en CPE) Cette baisse de ratio fera augmenter considérablement le prix payé au quotidien par les parents, et ce, pour obtenir un salaire adéquat compte tenu de la charge de travail (plus de 50 heures par semaines)

 

Quel parent serait prêt à payer 45-50 $ et plus par jour pour un service du genre ? (J'ose imaginer si je serai en mesure de les combler ces 4 places à ce prix-là...) En plus de tout ça, je devrai obligatoirement faire appel à la liste d'attente en ligne... Et moi qui voulais assurer des places aux autres enfants des familles que j’ai déjà eues… J'aurai aussi la visite d'un inspecteur 3 fois par année. Je n'ai absolument rien à cacher, mais je tiens à ma vie privée, je connais les normes à respecter, donc des visites, je n'en veux pas.

 

Étant donné mon expérience, mes cours suivis (perfectionnement, enrichissement, Secouriste...), l'idée d'être reconnue ou accréditée par un bureau coordonnateur ne m'est jamais venue à l'esprit. Je connais mon travail et je le fais très bien et je veux être mon propre patron. Je déclare mes revenus, j'offre des reçus aux parents afin d'être le plus transparente possible et je paie mes impôts au même titre qu'un autre citoyen qui travaille à son compte. Je suis autonome et je veux continuer de l'être.

 

Cette Loi 143 a pour but d'améliorer la qualité des services offerts aux enfants. Avez-vous pensé que peut-être, d'autres RSG pourraient avoir une histoire semblable ? Je suis chanceuse que mes enfants soient âgés de plus de 9 ans. Pour d'autres, cela est beaucoup moins drôle. Leurs revenus vont diminuer considérablement. (diminuer de plus de la moitié) Pourquoi ne pas inclure les enfants des RSG privées dans leur ratio de 6 enfants, comme les SDG subventionnées ? Ce serait plus juste ! Et aussi, considérer les RSG privées qui ont obtenu la formation nécessaire (DÉC., AÉC. ou toute autre expérience de travail connexe) pour faire cet emploi, sans toutefois les obliger à s'accréditer.

 

Les parents ont la chance de choisir leur milieu de garde, au même titre qu'ils choisissent s'ils veulent l'école privée ou publique pour LEUR enfant ! Ils sont les 1ers agents du développement de leur enfant. Les parents sont compétents. Ils vérifient déjà ces informations-là avant d'inscrire leur enfant. Ils le font, car ils s'intéressent au bienêtre de LEUR enfant. L'État ne peut pas choisir à leur place. C'est aux parents de le faire. Donnons-leur les options adéquates afin qu'ils choisissent de façon éclairée.

 

Ce projet de Loi 143 est devenu une situation très angoissante et stressante pour moi et aussi pour des milliers de travailleurs (euses) à leur compte. Plusieurs ont investi des montants d'argent substantiels afin d'assurer un service de qualité aux enfants. Ne l'oubliez pas ! Il y aura des paiements de maison en jeux... Si ce projet de Loi passe, plusieurs RSG privées fermeront leur porte. Combien d'enfants se retrouveront sans garderie ? Comment les parents résoudront-ils cet autre casse-tête ? Y en a-t-il déjà assez sur leurs épaules ? Je suis d'accord pour que la qualité des services offerts aux enfants soit adéquate, mais pas à n'importe quel prix.

 

Je serais d'accord pour me procurer un permis du Ministère pour avoir la permission d'avoir 6 enfants au privé, et ce, en satisfaisant les critères requis ( Cours, antécédents judiciaires, secouriste). Et je vous invite à me contacter pour un entretien téléphonique ou pour faire une visite de mon milieu de garde. Vous pouvez aussi visiter la page Anamyel sur Facebook. En espérant que mon histoire vous touche et vous sensibilise à l'état actuel des choses.

 

Merci,

 

Katherine Auger